Carnet de bord d’un néo-urgentiste au temps du coronavirus #2 : la tension monte à l’hôpital

Le docteur François Delussis est neurologue dans un hôpital de la région Rhône-Alpes et membre de la rédaction d’Éléments depuis plus de vingt ans, sous pseudonyme. Il nous livre son carnet de bord quotidien en direct des urgences. La tension monte à l’hôpital. Les respirateurs manquent.
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Mercredi 1er avril

Vingt-cinq nouveaux cas suspectés aujourd’hui. Il y a encore de la place en médecine pour les cas ne relevant pas de la réanimation, mais pour ceux qui au contraire en ont besoin, les lits disponibles se raréfient de jour en jour. Ce n’est d’ailleurs pas tant les places que les respirateurs qui manquent. D’autant qu’en moyenne, la ventilation artificielle dure au moins une quinzaine de jours avant de pouvoir enfin s’en passer. Ce qui est bien plus long qu’une décompensation respiratoire habituelle.

À l’heure actuelle, comment se sentent ceux qui depuis des années, s’acharnaient à dépecer l’hôpital public ?

La famille venue lundi aux urgences est bien testée positive pour ses cinq membres. Dans la nuit, le père (45 ans) a dû être admis en réanimation ; la grand-mère (77 ans) est stable sous oxygène simple. Les trois autres vont bien et sont rentrés chez eux. Cette disparité dans les manifestations de la maladie, bénignes tout du long ou gravissimes d’emblée, stables jusqu’à l’aggravation inexpliquée sans que l’âge ne soit nécessairement en cause, en fait toute sa singularité et sa gravité.

À quatre pour contenir un forcené

Tension au « poste avancé » ce matin, où un individu agressif, amené par sa compagne pour fièvre et maux de tête, manifestement éméché, refuse aussi bien le port du masque que le test de dépistage, bouscule un infirmier et se met à vociférer : « Rien à foutre de votre virus ! ». Effectivement, s’il continue ainsi, cela risque de devenir le nôtre… Nous nous mettons à quatre pour le contenir, lui administrer un calmant…et le tester. Sous les cris de protestation de sa compagne. « C’est son comportement à lui qui devrait vous choquer, madame ! » lui lance une interne excédée, qui récolte un « Salope ! » du meilleur effet.

Discussion avec un collègue cardiologue qui est surpris de la forte diminution de cas d’infarctus. Il en est de même pour ma partie, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) semblent devenus exceptionnels (1 en 5 jours contre 2 à 3 par jour en moyenne). Certains patients, davantage isolés (sans les habituels passages de proches ou de soignants), ou plus inquiets de sortir, n’accèdent-ils pas à l’hôpital ? Ou bien pour des raisons encore obscures, ces pathologies surviennent-elles moins actuellement ? Ma crainte est qu’un certain nombre d’entre eux décèdent en fait à domicile faute de soins. L’évaluation sanitaire, après la crise, risque de révéler quelques mauvaises surprises.

Lire aussi :
Carnet de bord d’un neo-urgentiste au temps du coronavirus #1

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