Carnet de bord d’un néo-urgentiste au temps du coronavirus #17 : baisse des patients atteints par le Covid-19 aux urgences

Membre de la rédaction d’Éléments depuis plus de vingt ans, le docteur François Delussis est neurologue dans un hôpital de la région Rhône-Alpes. En direct des urgences, il nous livre son carnet de bord quotidien depuis le début de la pandémie. Jour 17 : la baisse des patients atteints par le Covid-19 aux urgences se confirme, tandis que le secteur « non Covid » se remplit à nouveau.
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Lundi 20 avril

Aux urgences, une dizaine de patients suspects d’être atteints par le Covid-19 aujourd’hui, ce qui est peu pour un lundi, et ce qui semble donc bien confirmer la baisse évoquée depuis un peu plus d’une semaine.

       Dans le secteur « non Covid », les patients viennent en revanche en nombre. Il y a sans doute eu un effet de sidération initial, avec une telle crainte d’être contaminé aux urgences que beaucoup de symptômes leur semblaient pouvoir attendre. Mais ce n’est plus le cas, et l’on retrouve aussi bien les cas graves, qui ont d’ailleurs attendu trop longtemps (accidents vasculaires remontant à dix jours, diabète décompensé depuis des semaines, et même fractures traitées par des bandes de contention), que les cas bénins qui pourraient bénéficier d’une simple consultation auprès de leur médecin traitant. Médecins traitants, qui dans le département, sont trop peu nombreux, ceci expliquant cela.

       Une dame de 84 ans est ainsi tombée dans sa cuisine la semaine passée, et a mis une bande serrée sur sa cheville gauche qui avait gonflé. Elle ne l’a pas dit à sa famille, de peur d’être hospitalisée. Elle a fini par venir aujourd’hui parce que la douleur ne passe pas et qu’elle craint une phlébite. C’est en fait une fracture sévère de la cheville ; elle sera opérée demain matin. Elle me demande s’il est possible de dire à sa fille au téléphone qu’elle n’est tombée que ce matin. C’est avec son écharpe que ce quinquagénaire robuste soutient depuis une dizaine de jours son bras paralysé. Il est veuf, avec deux enfants de 5 et 7 ans à charge : l’hospitalisation était pour lui la pire des solutions. Il savait depuis le début qu’il s’agissait d’un AVC, mais a préféré temporiser. Finalement, le bon sens a pris le dessus, il a contacté sa sœur qui habite à 100 km d’ici, avec qui il était brouillé depuis des mois, et celle-ci a accepté de venir s’occuper des enfants. Elle a besoin d’une autorisation pour cela, nous la lui envoyons sur sa messagerie. Elle sera là ce soir, prenant ainsi le relais de la voisine. Ce jardinier-paysagiste me demande, en tâchant d’affermir sa voix, si c’est grave, et combien de temps il doit rester. L’AVC est minime, mais il a fait de manière concomitante, et sans s’en apercevoir, un infarctus cardiaque assez étendu. Infarctus silencieux, c’est-à-dire sans douleur, comme c’est parfois le cas chez les patients diabétiques. Tout cela aurait pu très mal se finir, mais ce qui compte maintenant est de tenter de préserver l’avenir. Une étude des coronaires est prévue demain, et sans doute un pontage dans la foulée.

Carnet de bord d’un néo-urgentiste
• Lundi 30 mars et Mardi 31 mars – Coronavirus #1
• Mercredi 1 avril – Coronavirus #2 : la tension monte à l’hôpital
• Jeudi 2 avril – Coronavirus #3 : le manque de place l’oblige à des choix draconiens
• Vendredi 3 avril – Coronavirus #4 : « Dans mon hôpital, 43 travailleurs médicaux sont infectés par le virus. »
• Samedi 4 avril – dimanche 5 avril – Coronavirus #5 : vols de masques à l’hôpital
• Lundi 6 avril – Coronavirus #6 : Beaucoup d’entre nous « pensent Covid », « mangent Covid », « dorment Covid »
• Mardi 7 avril – Coronavirus #7 : Aujourd’hui, on a reçu un dessin d’une fillette de 8 ans pour nous remercier d’avoir « sauvé son papa »
• Mercredi 8 avril – Coronavirus #8 : affecté au «secteur Covid» des urgences, avec des patients agités et récalcitrants
• Jeudi 9 avril – Coronavirus #9 : aux urgences, une nette recrudescence des motifs psychiatriques
• Vendredi 10 avril – Coronavirus #10 : l’hôpital administre l’hydroxychloroquine après discussion collégiale
• Lundi 13 avril – Coronavirus #11 : la colère d’une infirmière devant le manque de moyens de l’hôpital
• Mardi 14 avril – Coronavirus #12 : cette liste des symptômes du Covid-19 qui n’en finit pas
• Mercredi 15 avril – Coronavirus #13 : « Dans notre service, quatre aides-soignantes ont été touchées par le Covid-19. On attend les résultats pour la cinquième »
• Jeudi 16 avril — Coronavirus #14 : hors du protocole, le doute diagnostic n’a plus sa place
• Vendredi 17 avril — Coronavirus #15 : « Cette pandémie n’a pas fait disparaître les autres pathologies »
• Samedi 18 – Dimanche 19 avril — Coronavirus #16 : gestion de la pénurie : blouses, masques, lits, tout manque à l’hôpital !

Laisser un commentaire

Sur le même sujet

S’abonner à la newsletter