Rechercher
Filtres
Le magazine des idées
Jean-Marie Le Pen et Bernard Tapie sur le plateau de TF1

Bernard Tapie, mort d’un camelot d’État

Balance Testut, Gym Tonic. Crédit Lyonnais, Claude Lelouch. Marseille, « Milieu ». Ballon, prison. Ministre, escroc, hâbleur, acteur, Tapie célébra le mariage mitterrandien de la pitrerie affairiste et de la gauche mondaine.
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp
Partager sur telegram
Partager sur print

« Un homme de passion, un combattant qui n’aimait que la France et les Français. La mort d’un géant qui laissera une trace indélébile. »

Hommage unanime à Napoléon ou Belmondo ? Non, pastiche dérisoire et invasif pour un grand fauve d’opérette. Un séducteur autoritaire, baudruche mythomane : faux chanteur, faux pilote, faux ingénieur, faux patron, faux politique et faux comédien. Un faux bouffon mais un authentique prédateur, ami du pouvoir et dépeceur du système.

Bébel en blouse d’épicier

Dans les 60’s, un Tapy jumeau de Balkany beugle de la bluette yéyé, l’allure de Bécaud avec la gueule de Serge Lama tout en mâchoire et postiche. Puis il construit un parcours de nabab repris de justice pour une fin façon bonze poignant en Karl Lagerfeld émacié, décharné, cheveux blancs poudrés et bleu de travail.

Il avait le bagout de Bébel et le culot enthousiaste du parvenu qui se payait le luxe d’être antipathique. On ne tire pas sur un corbillard, mais n’est pas Stavisky qui veut. Il aura de fait monté toute sa vie des carambouilles au franc symbolique en s’inventant de fausses origines et mangeant la laine sur le dos de ses employés et électeurs. Mais il n’y a plus l’ombre de Kessel et le décor du Claridge.

L’habile démonstrateur de marché qui joua au grand patron philanthrope donne la réplique à Luchini chez Lelouch en 1996 : « Je suis un marchand, j’aime pas le pari de Pascal. »

Un matamore émouvant

Le « Flambeur flambé », c’est la France des voyous, des vrais, des méchants, Defferre et Mitterrand. Grosse bouche et grosse caisse, saint Bernard Tapie s’est finalement fait piéger.

L’anti-Le Pen démago et ordurier, blanchisseur de la Mitterrandie et désosseur de Jean-Edern, a cru pouvoir tout acheter, fortune et respectabilité, de la coupe d’Europe à Montgolfier. Mais il tombe sur plus malin. La grande gueule impudente et imprudente passe par la case prison. Faillite personnelle. Il revêt alors une dimension peu à peu tragique animé par l’énergie du désespoir. Il faut le voir, génial bateleur humiliant le petit personnel Troisième République à la Commission d’enquête parlementaire sur Adidas. Le personnage symbole de la réussite gluante années 80 prend l’allure du vieux madré revanchard, Marseillais imaginaire qui n’aime ni le foot ni la politique, et finit bouffé par les véritables requins. Il rejoint son personnage malade du film de Lelouch – et meurt par là-même où il avait pêché, en ayant trop d’estomac.

Laisser un commentaire

Sur le même sujet

Actuellement en kiosque

Dernières parutions - Nouvelle école et Krisis

Les dates à retenir

Pas de nouveaux événements
S’abonner à la newsletter