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Beforeigners : êtes-vous prêts pour l’immigration des cro-magnons ?

Dans le grand catalogue des « phobies » inlassablement constitué par les obsessionnels de la « discrimination », connaissez-vous la « tempophobie » ? Non ? Eh bien il s'agit du rejet des individus venus d'une autre époque… Découvrez cette nouvelle forme de « refus de l'autre » grâce à la série norvégienne Beforeigners. Esprits trop sérieux s'abstenir.
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Dans la Norvège contemporaine comme dans d’autres points du monde, suite à une faille spatio-temporelle, des individus venus du passé apparaissent et, sans possibilité de retour, doivent s’acclimater à leur nouvelle époque. Ils proviennent uniquement de trois périodes historiques : la Préhistoire, la période « viking » et le XIXsiècle. Au fil des ans, ces « trans-temporels » se comptent par dizaines de milliers et représentent un véritable problème d’immigration pour les pays concernés. Dans ce contexte, à Oslo, un duo de policiers, composé d’un « contemporain » et d’une ancienne guerrière viking, est chargé d’enquêter sur le meurtre d’une femme « préhistorique » fraîchement débarquée de son âge de pierre natal.

Avec un tel synopsis, qui fleure bon la série Z, on pouvait légitimement s’attendre au pire, mais les auteurs et réalisateurs nordiques, Anne Bjørnstad et Eilif Skodvin, réalisent l’exploit ne pas sombrer dans le ridicule (qu’ils frôlent néanmoins à quelques reprises) pour finalement offrir un agréable divertissement non dénué d’intéressantes réflexions sur les sociétés multiculturelles, l’évolution de la hiérarchie des valeurs humaines ou encore les impasses du progrès.

Car, au-delà de l’enquête policière efficacement menée, c’est bien sûr l’évocation de toutes les problématiques liées à la coexistence de ces trois « mondes » qui fait tout l’intérêt et le sel de cette série

En effet, la confrontation des époques se révèle tout aussi délicate que celle des « civilisations » et les auteurs mettent en scène tout un panel de situations problématiques, souvent drôlatiques, parfois émouvantes, sans jamais tomber dans le lourd « pathos » de l’hymne doucereux au « vivre ensemble ».

« La Norvège aux contemporains ! »

Ainsi pouvons-nous suivre, par exemple, les affres du déclassement (au travers du personnage de Thorir, ancien chef de clan viking devenu livreur Uber-eat à vélo pour subvenir aux besoins de sa nouvelle famille), les difficultés de compréhension entre mangeurs de viande crue et allergiques au gluten, la résurgence des conflits religieux (entre païens et chrétiens), les troubles créés par les règlements de comptes inter-communautaires, ainsi que le développement de mouvements « tempophobes » (« La Norvège aux contemporains ! » peut-on lire sur des murs de la ville).

Autre élément intéressant du récit, les réactions « technophobes » de certains nouveaux arrivants, horrifiés par les ravages causés par le développement technique et scientifique (« Des hommes lobotomisés, esclaves de leurs machines, une nature souillée, sacrifiée… »), qui constituent des groupes néo-luddites de résistance au « progrès ».

Ajoutez à tout cela un soupçon de « complotisme » (le gouvernement cacherait divers éléments concernant le phénomène « trans-temporel » et pratiquerait même des expériences interdites sur certains arrivants…) et vous obtenez un improbable mais roboratif divertissement porté par des acteurs convaincants et attachants (qui ont bien du mérite). Certainement pas inoubliable mais néanmoins précieux par les mornes temps que nous traversons.

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