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Avec Gina Lollobrigida, on pouvait enfin croire à l’existence des déesses païennes !

Avec Gina Lollobrigida, on pouvait enfin croire à l’existence des déesses païennes !

Gina Lollobrigida n’est plus. Décédée à l’âge de 95 ans, l’actrice italienne a marqué l’histoire du cinéma pour ses rôles dans Notre-Dame de Paris ou Fanfan la Tulipe. L’hommage de Michel Marmin, auteur de La République n’a pas besoin de savants et Cinéphilie Vagabonde, à la belle Romaine qu’il a rencontrée au soir de sa vie.

ÉLÉMENTS. Gina Lollobrigida s’est éteinte à l’âge de 95 ans. La star du cinéma italien des années 1950 et 1960 avait marqué les esprits et les cœurs, grâce à sa prestation dans Fanfan la Tulipe aux côtés de Gérard Philipe, en 1952. Vous n’aviez pas tout à fait dix ans à l’époque, avez-vous gardé un souvenir d’elle ?

MICHEL MARMIN : Gina Lollobrigida, c’est pour moi 1952 et 1953. D’abord 1952, ma neuvième année, celle où la vision de la plastique mammaire de la sublime Romaine dans Fanfan la Tulipe suscite mes premiers émois érotiques, sans être toutefois en mesure d’en comprendre précisément la nature. L’année suivante est celle d’une chanson d’Annie Cordy – Bonbons, caramels, esquimaux, chocolats… – qui ne parle guère aujourd’hui, je l’imagine du moins, qu’à ceux et celles qui ont intensément vécu le cinéma de papa, ses salles à l’italienne et ses entractes où les ouvreuses proposaient justement des bonbons, des caramels, des esquimaux et des chocolats, mais pas de boissons ni, heureux temps, de pop corn. Or cette chanson (écoutez-la sur Youtube), nous la modifiions, mes camarades et moi, en l’accordant à nos désirs masculins à la fois obscurs et impérieux. Résultat, quand Annie Cordy chantait :

Bonbons, caramels, esquimaux, chocolats
Bonbons, caramels, esquimaux, chocolats

cela donnait, chez nous autres gamins de 10 ans :

Bonbons, caramels, esquimaux, chocolats
Sucez les mamelles à Lollobrigida

Où l’historien de l’érotisme et de la sexualité ne manquera pas de noter que les enfants de ce temps-là, dans les provinces arriérées (la mienne notamment), n’étaient pas encore tout à fait sortis du ventre de leur mère et qu’une belle poitrine ne pouvait avoir, selon nos pères, maîtres et éducateurs, d’autre fonction que nourricière ! Bien entendu, nous sentions qu’elle pouvait servir à autre chose, et, lorsque nous nous invitions à sucer les mamelles de Gina Lollobrigida, nous savions que ce n’était pas pour boire son lait ! Oui, mais pour quoi ? L’Éducation nationale n’aidait guère à notre émancipation, elle qui, en 1954, aggravera nos retards à l’allumage en distribuant du lait dans les cours de récréation. Sans parler de la berceuse séculaire avec laquelle nos mères nous endormaient et dont les paroles (et la musique avec) s’accrochaient invinciblement au nom même de Lollobrigida :

Fais dodo Colas mon p’tit frère,
Fais dodo t’auras du lolo.

Après des années passées dans les parages et coulisses de l’industrie cinématographique, j’ai fini par rencontrer celle que je n’avais cessé d’adorer. Elle avait alors 80 ans, et elle était toujours aussi… adorable !

ÉLÉMENTS. Vous n’avez pas fait état de cette anecdote angevine dans vos mémoires La république n’a pas besoin de savants (Pierre-Guillaume de Roux) ! En revanche, la belle Romaine a tourné plusieurs fois avec quelques grands noms du cinéma italien, dont vous avez été un des grands défenseurs et connaisseurs, comme en témoigne Cinéphilie vagabonde (Pierre-Guillaume de Roux). On l’a vue chez Blasetti, De Sica, et surtout chez Comencini, où elle n’a jamais été aussi belle que dans Pain, amour et fantaisie et dans Les aventures de Pinocchio. À choisir, où a-t-elle fait ses meilleurs films ? À Paris, à Cinecitta ou à Hollywood ?

MICHEL MARMIN : Gina Lollobrigida appartient à cette race d’actrices dont la simple apparition à l’écran suffit à faire croire à l’existence des déesses de la mythologie païenne, dont elles sont en somme les avatars ! Autant dire qu’elles ne sont pas nombreuses, elles sont même très rares… La divinité de Lollobrigida est tellement indépendante de la qualité des rôles qu’on lui confiait que ce ne sont pas automatiquement dans ses meilleurs films où elle était la plus rayonnante, comme Fanfan la Tulipe ou Notre-Dame de Paris. Cela dit je la préfère quand même dans ses grands films, par exemple les deux Comencini que vous citez et où elle se révèle être, au surplus, une comédienne très spirituelle.

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