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Thomas Gerber

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Cannes : « Fjord », dans les eaux glaciales du progressisme

Cannes : « Fjord », dans les eaux glaciales du progressisme

La deuxième Palme d’or de Cristian Mungiu n’a rien d’un consensus confortable. Présenté en compétition au Festival de Cannes, « Fjord » vient surtout troubler une sélection cannoise dominée cette année par des films persuadés de parler depuis le camp évident du Bien. Mungiu, lui, fait exactement l’inverse : il organise frontalement la collision de deux systèmes de valeurs irréconciliables alors même qu’ils appartiennent tous deux à l’espace européen. Et il le fait sans jamais offrir au spectateur le confort moral d’une position stable.

« Notre salut » : libre d’obéir

« Notre salut » : libre d’obéir

Présenté en compétition au Festival de Cannes, Notre salut d’Emmanuel Marre vient former un diptyque aussi involontaire que fascinant avec « Les Rayons et les Ombres » de Xavier Giannoli sorti plus tôt cette année. Les deux films racontent finalement la même chose : non pas la collaboration idéologique des fanatiques, mais celle des médiocres, des arrivistes et des ambitieux frustrés qui voient dans l’effondrement d’un pays une occasion historique d’accéder enfin à la place qu’ils pensent mériter. Là où Giannoli faisait déjà preuve d’une remarquable honnêteté intellectuelle dans son traitement de Jean Luchaire — moins monstre doctrinaire que bourgeois vénal fasciné par le pouvoir — il restait prisonnier d’une mise en scène extrêmement classique. Emmanuel Marre, lui, trouve une forme parfaitement cohérente à son sujet : brute, instable, presque documentaire. Et c’est précisément cette contemporanéité formelle qui fait de « Notre salut » un film beaucoup plus marquant.

Biographie : Enseignant en philosophie et critique de cinéma.