Jean-François Gautier

Articles

Jean-François Gautier : « Et me voici rebouteux de village »

À l’été 1996, Jean-François Gautier répondait à Christopher Gérard, directeur de la belle revue Antaïos, consacrée aux traditions polythéistes. Dans cet entretien au long cours, le philosophe abordait la question des limites de la science moderne « devenue l’un des bras armés du pouvoir ».

Les vieux polythéismes fourmillent de récits merveilleux, d’expériences oubliées de la vie en société

Jean-François Gautier vient de publier un petit livre intitulé « À propos des dieux ». Il y vante les tours et détours de sagesses antiques, helléniques pour l’essentiel. Ancien disciple de l’historien et philosophe Lucien Jerphagnon, il pratique ces mondes anciens de longue date, par éducation et par passion. Mais en quoi des références aussi surannées sont-elles branchées sur l’actualité ? En quoi permettent-elles de l’éclairer, de mieux la comprendre, d’en analyser le devenir ? C’est ce que nous sommes allés lui demander.

Coronavirus : la nouvelle route de la soie en accusation

Décidé par les autorités chinoises, le chantier pharaonique de la nouvelle Route de la Soie à 1 000 milliards de dollars a défoncé au Laos une forêt primaire très dense en chauves-souris, restées à l’écart des activités humaines depuis des siècles. Quelles nouvelles variantes de CoV hébergent-elles ? Et que vont-elles en transmettre ? Une étude de l’Université de Hong Kong avait tiré la sonnette d’alarme sur le rôle des chauves-souris dans la propagation du virus en février 2019.

Vinci, la fin de l’ancien monde

En plus d’avoir été un des peintres les plus remarquables de la Renaissance, Léonard de Vinci témoigne de la vision du monde de son temps. A travers ses toiles se laisse dessiner une mentalité collective particulière – l’esprit d’une époque, en somme. En ce siècle lointain, tous les « ailleurs » de la Terre étaient toujours des lieux bien délimités, balisés par la figure récurrente des montagnes, comme le note Jean-François Gautier. Dans la peinture des siècles ultérieurs, au contraire, c’est la mer qui prévaudra, avec ses immensités à perte de vue : l’ici et l’ailleurs ne seront plus distingués par une ligne de démarcation, et ils finiront même par se confondre. Du monde clos, on aura basculé dans l’univers infini.

L’individualisme pictural des Nabis

Inaugurée le 13 mars, l’exposition Les Nabis et le décor se poursuivra au musée du Luxembourg jusqu’au 30 juin. C’est l’occasion de revenir avec Jean-François Gautier sur ce mouvement pictural qui a préfiguré de nombreux aspects de la modernité, en désengageant l’art et l’individu des préoccupations du siècle, si ce n’est même en refusant l’idée d’un « monde commun ».

Penser la crise de l’art après Walter Benjamin

Walter Benjamin est l’auteur d’un ouvrage célèbre sur « l’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique ». En cette première moitié de XXe siècle, le philosophe s’inquiétait de ce qu’il appelait le « déclin de l’aura » des œuvres, à cause des nouveaux moyens de reproduction emblématisés notamment par l’invention de la photographie. Dans un tel monde, la notion d’« original » ne signifie plus rien ; il n’y a plus partout que des copies, puisqu’il n’est plus besoin de voir l’original d’une œuvre pour l’admirer ; on se contente d’observer ses innombrables reproductions. Tout le monde a vu cent fois la Joconde, même sans être allé au Louvre. Dès lors, il n’est plus aussi simple de s’extasier devant l’œuvre, qui n’est toujours à nos yeux que la copie d’une copie, à laquelle on s’est habitué. Mais cette perte de sacralité s’explique-t-elle vraiment par la possibilité de reproduction technique à l’infini, comme le croyait Benjamin ? Jean-François Gautier estime au contraire que Walter Benjamin cherchait surtout à sauver la conception romantique et moderne de l’œuvre d’art, qui aboutit pourtant à un fétichisme naïf de l’artiste et de la création. En fait, si l’art a perdu aujourd’hui de sa sacralité, ce n’est pas parce qu’on le considère comme une vulgaire technique parmi d’autres, mais parce que nous négligeons les rituels collectifs qui donnent du sens à l’action culturelle et civilisatrice. L’art s’inscrivait autrefois dans un système rituel signifiant, porteur d’intersubjectivité, alors que nous sommes désormais plongés dans un univers à la fois individualiste et atomisé, où les jeux de significations ne renvoient plus qu’à des jugements personnels dépourvus d’horizon commun et de sens partagé à construire. L’artiste n’est plus un héros, légitimé socialement ; il devient un marchand, soumis à la loi de l’offre et de la demande. La crise de l’art est d’abord une crise du politique.

Berlioz et la fonction cérémonielle de la musique

Nous fêtons en ce moment l’anniversaire de la mort d’Hector Berlioz, qui reste un des compositeurs français les plus plébiscités du XIXe siècle. Jean-François Gautier dresse le portrait de ce géant musical, dans son siècle et au regard du nôtre.

L’étude des astres en Chine

L’étude des astres revêt en Chine une importance cruciale, depuis l’aube de la civilisation. A travers la conception de l’astrologie, on peut prendre la mesure de tout ce qui sépare l’Orient de l’Occident. D’un côté, les Orientaux privilégient la voie compréhensive de l’équilibre et de l’harmonie, qui intègre tous les éléments divers du monde dans un cosmos cohérent ; de l’autre, les Occidentaux privilégient des principes explicatifs tendus vers l’universalité. Jean-François Gautier nous révèle les arcanes de l’astrologie chinoise et la vision générale des choses qu’elle sous-tend.

Montesquieu, le vigneron politique

Montesquieu fut assurément une des grandes figures de la philosophie politique française. Pourtant, alors que nous célébrons l’anniversaire de sa naissance, force est de constater que cet auteur reste encore très largement méconnu, non parce qu’on le connaît peu, mais parce qu’on le connaît mal. Jean-François Gautier dresse le portrait subtil de cet illustre personnage, qui fut d’abord un vigneron philosophe. Et si l’amour des vignes avait à voir avec l’esprit de nos lois?

Exposition Khnopff : la solitude du présent

Peintre des Flandres longtemps négligé, Fernand Khnopff jouit d’un fort regain d’intérêt, à tel point qu’une magnifique exposition lui est actuellement consacrée à Paris. C’est l’occasion de découvrir une oeuvre révélatrice d’un esprit “fin de siècle” très caractéristique de son époque, qui trouve pourtant d’étonnants échos aujourd’hui. Nos contemporains en ont-ils assez de la fureur du monde? Cherchent-ils eux aussi la Vérité dans un refuge hors du temps?

Biographie : Né à Paris le 9 janvier 1950 et mort le 6 décembre 2020. Docteur en philosophie. Essayiste, musicologue et historien des sciences. Après son doctorat, il fera un service militaire de coopérant à l’université de Libreville au Gabon pendant un an comme enseignant. Sur place, Michel Combes lui fait découvrir le GRECE, école de pensée plus connue sous le nom de « Nouvelle droite ». Rédacteur à la revue éléments depuis les années 80, il tenait la rubrique « Anti-manuel de Philosophie ». Il donnera aussi des contributions à la revue Nouvelle École créée par Alain de Benoist. Il a été aussi l’un des créateurs de l’Institut Iliade. Celui-ci a pour objectif de transmettre aux jeunes générations la culture millénaire de la civilisation européenne. 
Livres : Le sens de l’histoire. Une histoire du messianisme en politique (Ellipses, 2013), Logique et pensée médicale (Avenir des sciences, 2002), Claude Debussy. La musique et le mouvant (Actes Sud, 1997), L’univers existe-t-il ? (Actes Sud, 1994) et L’aventure des sciences. Images des sciences et techniques (avec Yves Beaujard, May, 1988).
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