Guillaume Tell de Karl Hartl et Michel Dickoff, (1961)

Artus Films lance sa plateforme de films à la demande avec Guillaume Tell, film rarissime

La vaillante maison Artus Films reste ouverte pendant le confinement et a eu l’excellente idée de proposer une partie de son catalogue en vidéos à la demande. Premier film de l’alléchante collection « Histoire et légendes d’Europe » : « Guillaume Tell » de Karl Hartl et Michel Dickoff, un film suisse rarissime sorti en 1961, visible dans une belle copie restaurée, qui avait bénéficié à sa sortie en DVD d’un livret écrit par notre collaborateur David L’Épée.
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Inclassable Guillaume Tell ! Héros suisse immortalisé par le plus romantiques des poètes allemands Friedrich von Schiller, patron protecteur de dizaines de sections de sans-culotte en 1789, et pourtant figure détestée par les marxistes de stricte observance. Héros d’enfance d’Hitler, qui lui dédie un chapitre dans Mein Kampf mais en interdit les réprésentations théâtrales dans les écoles en 1940. Guillaume Tell est le père putatif de toutes les révoltes populaires, des bonnets rouges aux gilets jaunes en passant par les Black Blocs, comme l’expliquait notre collaborateur David L’Épée, lors de la présentation du film à la Nouvelle Librairie, en présence de Thierry Lopez, co-fondateur d’Artus Films. Au fronton des chapelles suisses comme à Burglen, son village d’origine, les vers qui lui rendent hommage adressent aux chrétiens un message fort peu évangélique : « L’arbre de la liberté naît d’un sang des tyrans. Sans l’audace du Tell, la liberté n’est qu’un songe ». 

Un charme suranné

Inspiré par le Guillaume Tell de Schiller, tourné en décor naturel, le film de Karl Hartl et Michel Dickoff, restauré et édité par Artus Films, reprend en tout point l’iconographie populaire suisse. Définie au XIXe siècle par le sculpteur Richard Kissling et le peintre Ferdinand Hodler, elle donne tout son charme, certes un peu suranné, au film : les bucherons aux blanches capuches abattent des sapins énormes, les femmes équipées de hotte ravitaillent les hommes, les pécheurs nettoient leurs filets sur le lac et les pâtres gardent leurs brebis dans un paysage alpestre grandiose.

Quant à Tell, il gambade pieds nus dans les rochers, armé de son arbalète en quête de quelques bouquetins… Au XIIIe siècle, dans les Waldstätten, les « cantons forestiers » qui deviendront par la suite la Suisse allemande, les bergers ont en effet le droit de posséder leur arme personnelle. « Il s’agit d’une survivance d’anciennes libertés tribales germaniques que ni Rome, ni l’Église, ni le Saint Empire romain germanique ni la haute noblesse n’étaient parvenues alors à déraciner », précise David L’Epée, dans le très instructif et indispensable petit livret qui accompagne le DVD. 

Une information que visiblement le bailli Gessler aux ordres des Habsbourg et du Saint Empire, aurait dû méditer avant de lancer ses sbires violenter les habitant des cantons de Schwyz, d’Uri et d’Unterwald et de les écraser sous les impôts ! Ses forfait nous valent en retour les plus belles scènes du film : le serment du Grütli dans la nuit noire, les feux brûlant sur les sommets des Alpes pour appeler à la bataille et la prise des châteaux autrichiens…

Le triomphe de Guillaume Tell dans les pays communistes !

À l’image de son héros, le film de Karl Hartl et Michel Dickoff a connu un destin contrarié. Sorti en 1961, pour chanter les vertus patriotiques de la Suisse éternelle en ces temps de ménaces communistes, le film fut en Europe de l’Ouest un fiasco public et critique, doublé d’un gouffre financier. Il fit en revanche un triomphe à l’intérieur du bloc communiste et autres pays non alignés, notamment en Inde. Boudé par la critique européenne, le premier film suisse en couleur sur grand écran remporta le prix de la mise en scène au festival de Moscou, décerné par le syndicat soviétique des travailleurs du film. Approché par des officiels soviétiques pour acheter les droits de la production la plus chère de l’histoire du cinéma suisse, le procucteur refusa catégoriquement, suite à des pressions des autorités fédérales. Guillaume Tell, ni trust soviet, se veut toujours neutre !

David L’Epée prend un malin plaisir à recenser les camps politiques qui ont enrôlé l’albalétrier sous leur bannière. De la gauche radicale à l’extrème droite, Guillaume Tell fut de tous les combats et de toutes les affiches politiques. Pour la défense du service civil, le port d’armes, le droit d’asile ou, contre le nucléaire, l’entrée dans l’Otan, la cinquième colonne communiste ! Félicien Monnier, juriste, capitaine de l’armée suisse et rédacteur du Journal de la ligue vaudoise résume les vertus du berger uranais : « Sa liberté, il l’exerce l’arme à la main, mais ancré dans une communauté. Son arme ne lui sert pas à s’affirmer individuellement. Sa révolte contre Gessler est avant tout fidélité à sa famille, à sa commune, à son canton ». 

Guillaume Tell, de Karl Hartl et Michel Dickoff (1961), Artus Films.

La page VOD d’Artus Films

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