Adieu Jean et hurrah Raspail

A-t-on des nouvelles de Monsieur Jean Raspail, se demandait-on ces dernières années sur le ton où Louis XVI s’enquerrait du voyage autour du monde de Monsieur de Lapérouse ? Eh bien nous en avons et elles sont mauvaises. Jean Raspail nous a quittés, il a rejoint le camp des saints et des héros. Gageons que, là où il est, il suit une fois de plus ses propres pas, selon la devise des Pikkendorff qu’il avait adoptée.
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Ainsi le consul général de Patagonie a-t-il rejoint Antoine de Tounens, roi de Patagonie. Demeure son rêve océanique, reste sa quête de restauration, perdure son exhortation au combat, à la résistance. Depuis bientôt 1 500 ans, c’est toujours l’olifant des preux qui sonne, qui bat le rappel des troupes, celui de Roland depuis le défilé de Roncevaux, celui de Jean Raspail aujourd’hui. Le nôtre désormais. Contre les traîtres et contre les envahisseurs.

Don Quichotte et Cyrano

Nous avions eu l’immense honneur de le recevoir à la Nouvelle Librairie pour une soirée mémorable, le 22 octobre dernier. Rien de plus français que lui, rien de plus européen. C’était un seigneur wisigothique – il y tenait – qui descendait de Don Quichotte et de Cyrano. Beau, immense, incroyablement majestueux, du haut de ses 94 ans. Droit comme un homme disposé à mourir debout, droit comme un mât, comme un capitaine de frégate flottant dans son caban, la casquette vissée sur la tête.

J’avais été le chercher chez lui, dans le 17e arrondissement, en taxi. Le chauffeur était originaire d’Afrique noire. Jean Raspail grimpa péniblement devant, aidé par nous, l’humeur badine, enjoué en diable, sifflotant tout au long du parcours (sûrement la Marche de Margravine-Infanterie d’Altheim-Neufra). Quelle impression de légèreté ! Jean Raspail possédait une grâce spéciale, celle des poètes et des enfants : tout rendre léger, nous libérer de la pesanteur. Ce voyage, c’est comme si nous avions flotté d’un bout à l’autre de Paris. En quittant le taxi, rue de Médicis, où une foule fervente se pressait déjà, le chauffeur me demanda quel était cet homme si âgé, si cocasse, si original, si naturel. « Jean Raspail ! » lui dis-je. « Ah, l’auteur du Camp des Saints ! » s’exclama-t-il avec une admiration non feinte, rayonnante. Lui aussi était un Alakaluf, du nom des derniers Indiens retranchés en Terre de Feu, derniers des Mohicans. Lui aussi avait perdu son pays d’Afrique ; lui non plus n’ignorait pas que les Européens étaient en train de perdre le leur.

Tout n’était que beauté avec Raspail. Pour lui, la civilisation se confondait avec la beauté, la beauté avec la forme, la forme avec le tricorne, le tricorne avec l’uniforme, l’uniforme avec la tenue, la tenue avec l’aristocratie. Celui qui a oublié cette leçon est condamné à déchoir. Seul demeure celui qui s’en souvient.

« Je veille aux frontières du passé », disait-il. Fasse que ce soit aussi celles de notre futur.

Adieu Jean, seigneur des océans. Vous pouviez voguer par-delà les colonnes d’Hercule, l’Europe restait l’Europe pour vous. Le sol sacré de la patrie. Vous nous avez confié le soin de le préserver. Nous y veillerons, quel que soit le sort que nous réservent les dieux.

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