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Antoine Saint-Exupéry

A la rencontre d’un chef d’œuvre : le petit prince de Saint-Exupéry

Jusqu’au 26 juin, le musée des Arts décoratifs de Paris consacre une exposition à l’un des livres les plus traduits, vendus et lus au monde. 1 300 éditions ; 484 traductions ; 200 millions d’exemplaires vendus – dont 14 en France. Monstre éditorial, "Le Petit Prince" (1943) d’Antoine de Saint-Exupéry est le livre de tous les superlatifs.
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Victime de son succès, Le Petit Prince est malheureusement réduit à une poignée de citations répétées et rabâchées qui, hors contexte, dégoulinent de bons sentiments : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux ». La belle et dense exposition « À la rencontre du Petit Prince » retire l’épais vernis de poncifs qui gênait notre lecture, afin de mieux comprendre la genèse et les inspirations de cette œuvre. Mis en valeur par une scénographie rigoureuse et poétique, plus de six cents documents nous plongent dans les mille et une vies de l’écrivain-aviateur.

« Je suis de mon enfance »

Dans l’antre saint-exupérienne, l’enfance, rempart contre les formes rationalistes et desséchées de l’âge adulte, règne en maître. Nul n’entre qui ne sait « pas vieillir et rester poète ». L’écriture du Petit Prince doit beaucoup à cette période d’imagination et de rêve, de joies simples et d’un rapport émerveillé au monde. L’exposition s’ouvre ainsi par une incursion dans l’enfance du petit Antoine illustrée par des photographies de famille, ses crayons aquarelles, de nombreuses lettres adressées à sa mère ainsi que ses premiers carnets de dessins et de poèmes. L’exposition suit ainsi un fil conducteur biographique, montrant comment l’écrivain puise à la source de sa vie et de ses expériences pour nourrir son Petit Prince. De son enfance à ses aventures parmi les pionniers de l’aviation de l’Aéropostale, de la puissante amitié qui animait les membres de cette confrérie de l’air à sa vie conjugale tumultueuse, mais aussi son engagement politique, philosophique et le reste de sa production littéraire. Ainsi, l’exposition s’arrête sur l’accident survenu dans le désert de la Libye en décembre 1935 avec son mécanicien André Prévost, à l’occasion d’un raid aérien entre Paris et Saigon. Cet épisode constitue un chapitre central de Terre des Hommes (1939), mais marque surtout le point de départ du Petit Prince.

Les documents rassemblés au Musée des Arts décoratifs montrent la place fondamentale qu’occupe le dessin dans la vie de Saint-Exupéry, une manière d’être en lien avec son enfance. Il dessine compulsivement, sur ses lettres, ses brouillons, dans ses carnets de vol ou en pleine page. Le Petit Prince n’est-il pas né de la volonté de ses éditeurs américains, qui, ayant repérés de drôles de dessins sur la nappe en papier d’un restaurant où ils avaient rendez-vous, lui commandèrent un « livre pour enfants » ? Sa forte originalité tient en effet à ses illustrations directement intégrées à la narration, réalisées par l’écrivain lui-même. C’est d’ailleurs autour du dessin que les protagonistes se rencontrent : « S’il vous plaît… dessine-moi un mouton ! »

L’exposition redécouvre également l’influence d’une figure capitale, sa volcanique et sensuelle épouse Consuelo, artiste peintre salvadorienne, modèle du personnage de la Rose. Une lettre de l’écrivain à sa femme, présentée dans l’exposition, esquisse son œuvre future : « Il était une fois un enfant qui avait découvert un trésor. Mais ce trésor était trop beau pour un enfant dont les yeux ne savaient pas bien le comprendre ni les bras le contenir. Alors l’enfant devint mélancolique. » Une mise en lumière qui fait suite à la publication de la correspondance des époux entre 1930 et 1944 en 2021.

Le manuscrit original présenté pour la première fois en France

Pièces maîtresses de l’exposition, les feuillets du manuscrit original ont traversé l’Atlantique depuis la Morgan Library de New York, où ils sont conservés depuis 1968, pour être exposés pour la première fois en France, enrichis d’un ensemble inédit de dessins préparatoires et d’aquarelles originales provenant de collections particulières. Certaines scènes esquissées ne figureront pas dans la version finale du Petit Prince. Ainsi, un marchand de machines à tremblements de terre ou un chasseur de papillons !

Jean Cau (qui ne mâchait pas ses mots contre Saint-Ex’ !) écrivait dans Le meurtre d’un enfant (1965) : « Qu’est-ce qu’un adulte, sinon l’héritier d’une enfance ? Qu’est-ce qu’un adulte sinon le traître et le meurtrier d’une enfance ? L’enfant qu’il a été c’est ce qu’il y a de mieux chez un adulte. L’âge adulte, c’est de l’enfance pourrie ». Saint-Exupéry rétorque par ce petit récit pour adultes, malle au trésor destiné à réveiller les âmes d’enfant de ceux qui ont vieilli en restant poètes.

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