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Le magazine des idées
Jean-Luc Mélenchon

À gauche, l’impitoyable lutte des places.
Tous président ! J moins 350

La rédaction d’Éléments va suivre d’au plus près, une année durant, la présidentielle de 2022. Des carnets de campagne au long cours pour mettre à nu les discours, les programmes, les hommes et les clivages. Le compte à rebours commence ici…
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Les beaux jours apportent leur lot de satisfactions, les arbres fleurissent, les bourgeons éclosent et nos sens reprennent leur plénitude face à une nature qui déploie ses plus charmants atours. La coïncidence de ce renouveau avec la reprise progressive de nos vies d’avant, le retour du récréatif, lui confère une saveur toute particulière aujourd’hui.

Mornes moissons

Malheureusement, en cette année préélectorale, verdoie aussi une bien mauvaise herbe, qu’on aura toutes les peines du monde à arracher et cela même avec la meilleure des binettes : le candidat de gauche. L’élection de François Hollande il y a bientôt dix ans déjà, son mandat calamiteux et son impéritie ont changé la donne, d’une façon assez inattendue.

Le président « normal », pour ne pas dire quelconque, par sa médiocrité, a désinhibé tous les seconds couteaux et les hiérarques (pas seulement à gauche) en mal de reconnaissance. En un sens, en bon socialiste, il a « démocratisé » la fonction, pour ne pas dire qu’il l’a tout simplement rabaissée à un emploi lambda, sans transcendance aucune. Désormais à gauche, tous aspirent à devenir président, et pis, pensent avoir les qualités requises pour exercer la magistrature suprême.

Cet état d’esprit explique en partie la floraison inédite de prétendants. Mais comment diable, quand on a l’idée saugrenue de voter à gauche, faire son marché ? Quel « produit » choisir ? Les denrées sont les mêmes sur tous les étals. Tous, qu’ils soient écologistes, socialistes, communistes, insoumis (sauf à leur gourou), usent les mêmes vocables, novlangue qu’on pourrait réduire à une dizaine de termes : écologie, vivre-ensemble, réforme, société inclusive, progrès, vélo, Europe, féminisme, antiracisme… Retirez-leur ces quelques mots, c’est tout leur discours qui s’effondre…

Chacun pour soi

Le premier problème qui se pose aujourd’hui à gauche, contrairement à ce qu’affirment les candidats, n’est pas la pseudo-diversité programmatique (entre la social-écologie et l’éco-socialisme…), mais celle des egos. La gauche ne croule pas sous les idées, mais sous les personnalités. En deux mots, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, elle a perdu tout sens du collectif. Ces notables n’incarnent rien d’autre qu’eux-mêmes et s’ils sont mis en minorité dans leur structure historique, ils fondent la leur, coquille vide, peuplée d’adeptes et d’opportunistes.

Face à cette armée mexicaine et au péril encouru, leur élimination à tous dès le premier tour de la présidentielle, d’aucuns appellent à l’union des gauches et invoquent les mânes des aînés, le programme commun… Ce scénario est plus qu’improbable, les calculs des politiciens de gauche n’étant plus les mêmes. Là où dans les années 70-80, les questions personnelles s’effaçaient derrière les compromis politiques, aujourd’hui, il n’en est plus rien. Imagine-t-on Jean-Luc Mélenchon se rallier à Yannick Jadot s’il se trouvait distancé dans les sondages au printemps prochain ? Dans la logique égotique, partagée par tous ces postulants, il n’y a qu’un horizon : la lutte des places.

Ubiquité politique

Par ailleurs, ces ambitieux font face à une difficulté essentielle : la gauche gouverne d’ores et déjà. En la personne d’Emmanuel Macron, elle occupe l’Élysée. Certes, il n’incarne pas toute la gauche, mais plutôt celle qu’on appelait la deuxième dans les années 70-80, celle de Rocard ou de Delors, libérale et libertaire, et qui triomphe de nos jours. Il suffit d’observer l’origine des cadres de la macronie et des ministres pour comprendre que LREM tient désormais la place du PS dans l’échiquier politique.

À travers Emmanuel Macron et son gouvernement, on retrouve beaucoup des années Mitterrand : la promotion de l’Union européenne, la volonté de libéraliser (comme à partir de 1983), de calquer le fonctionnement de l’État sur celui des entreprises (la disparation de l’ENA et du corps préfectoral en sont de parfaites illustrations) et le nihilisme culturel (« il n’y a pas de culture française »). Enfin, le fameux « en même temps », symbolisé par l’ouverture à droite et au centre, rappelle ce qu’on a connu au temps du second septennat de Mitterrand.

Dès lors, pourquoi un électeur opterait-il pour Anne Hidalgo ou Yannick Jadot, plutôt que pour Emmanuel Macron ? En quoi leur politique serait-elle sensiblement différente de celle conduite par des Le Drian, Pompili ou Parly ? Certains prétendront que le cas de Jean-Luc Mélenchon, bateleur professionnel, se distingue quelque peu. Prenons du recul. Qui peut croire que celui-ci, admirateur de Mitterrand, thuriféraire du traité de Maastricht et membre du gouvernement Jospin1, ce rassemblement de la « gauche plurielle » qui incarnait déjà la gauche libérale, mènerait une politique contraire à celle d’Emmanuel Macron ?

Bonnet blanc, blanc bonnet

Ainsi, la gauche hors LREM développerait une offre politique analogue, offre qui présente une difficulté supplémentaire : elle puise ses voix dans le même électorat, le même fond sociologique : les classes moyennes urbaines. Les Jadot, Hidalgo et autres le savent et sont donc confrontés à un exercice d’équilibriste : critiquer Emmanuel Macron, mais sans s’aliéner ses électeurs, leurs électeurs.

Personne ou presque n’est dupe quand les candidats de gauche réclament le retour de leurs idées au pouvoir. Ils feignent de ne pas voir qu’un des leurs détient les clés du Palais. Leurs électeurs l’ont compris et ne voteront pour eux qu’à une condition : s’ils sont persuadés qu’un autre à gauche défendra mieux leurs intérêts qu’Emmanuel Macron.

Toute la question de cette présidentielle, à gauche, sera donc de savoir si un politicien de gauche en remplacera un autre pour exercer la même politique.

1. Dans lequel figurait également Mme Parly, précédemment citée…

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