Au début, les signaux paraissent anodins. Et l’on met du temps, comme à chaque pandémie, à identifier le « patient zéro » ; celui par qui tout a commencé. En effet, comment expliquer que tous les hommes politiques ayant profané, de près ou de loin, la figure lepéniste, aient connu la mort médiatique et… politique ? Les amateurs de sensations fortes ont toujours en mémoire la malédiction de Toutânkhamon ayant frappé Lord Carnavon, chef d’une mission archéologique l’ayant conduit à exhumer, en 1907, la sépulture du pharaon en question, avant de rendre l’âme en des circonstances à ce jour inexpliquées. D’autres morts mystérieuses de membres de cette expédition suivent bientôt. Et même Benito Mussolini, en 1943, s’empresse de restituer une autre momie de pharaon à l’Égypte, histoire d’éloigner le mauvais œil. C’est dire. L’histoire se serait-elle répétée, quelques décennies après ? Il n’est pas incongru de le croire. Surtout à en voir la liste noire qui suit.
• Alain Carignon, janvier 1992. Le maire de Grenoble est alors l’une des cautions morales du RPR. Et c’est précisément cette année qu’il vient bruyamment interrompre une réunion de Jean-Marie Le Pen. Quelques noms d’oiseaux sont échangés. En 1994, Alain Carignon est incarcéré. En 1996, il écope de cinq ans de prison, dont un avec sursis, pour « corruption, abus de biens sociaux et subordination de témoins. » Il est finalement libéré le 5 mai 1998. Il tente de revenir aujourd’hui sur la scène. Sans grand succès.
• Michel Noir, mai 1987. Le futur maire de Lyon devient reine d’un jour en publiant une tribune dans Le Monde, où il affirme préférer « perdre les élections plutôt que son âme. » Moyennant quoi, il perd les deux. Premier édile de la capitale des Gaules, de 1989 à 1995, il est sèchement battu par un certain Raymond Barre. Il est vrai qu’entre-temps, il a été mis en examen en 1993 pour « recel d’abus de biens sociaux ». Condamné à de la prison avec sursis, il a depuis quitté la politique. Pour occuper ses vieux jours, il signe des manuels d’exercices, façon puzzle et sudoku, destinés à pallier les déficiences intellectuelles du troisième âge. Belle reconversion ; mais, en la matière, ne fut-il pas précurseur, et ce dès son plus jeune âge ?
• L’abbé Pierre, 1989. « Jean-Marie Le Pen ? Je lui ai dit deux fois “ta gueule” et je le répéterai indéfiniment, tant que j’aurai un souffle de vie. » En 1992, le même abbé qualifie les Front national de « parti de négation nationale. » À propos de « négation », ce cher clerc ne paraît pas être très clair sur la question. En 1996, il vole au secours de son ami Roger Garaudy, philosophe communiste converti à l’islam et accusé de « révisionnisme ». « La Licra n’accepte absolument pas le dialogue, contrairement à Roger Garaudy. Ces gens considèrent que le débat sur le génocide des juifs est clos. Qu’oser le rouvrir n’est pas possible. Par exemple sur la question des chambres à gaz, il est vraisemblable que la totalité de celles projetées par les nazis n’ont pas été construites. Mais mes amis de la Licra me disent qu’avancer de telles affirmations, c’est contester la Shoah. Ce n’est pas sérieux. » Glups et malaise, après ce sermon tenu par celui que Jean-Marie Le Pen surnomme alors « l’abbé ta gueule ». Un malaise qui ira grandissant en 2024 quand on apprend que le grand homme ne prenait pas seulement du plaisir à discourir en chaire, mais aussi en œuvrant dans ceux de la chair ; fraiche si possible. D’où ces multiples témoignages d’agressions sexuelles sur des filles mineures. Pour une fois que la gauche révérait un curé, c’était une mauvaise pioche.
• Bertrand Cantat, dès le début des années 1990. Le braillard en chef de Noir Désir fait de l’antilepénisme une sorte de rente musicale, ce qui lui vaut l’admiration énamourée de Pascale Clark, l’éminente politologue qu’on sait, sur France Inter. Dommage que, durant la nuit du 26 au 27 juillet 2003, notre baladin humaniste ait mis fin aux jours de Marie Trintignant, sa compagne, à coups de pieds et de poings. Le motif de sa colère ? On ne le saura jamais. Peut-être avait-elle servi le Chablis à mauvaise température. Il en faut parfois peu, pour agacer un féministe aux nerfs à fleur de peau. Depuis, le showbiz ne veut de lui, même dans les tournées Stars 80.
• Gérard Miller, ancien maoïste devenu psychanalyste de salon, a au moins eu une constance dans son existence, hormis sa présence aux Grosses têtes sur RTL et les sketches écrits pour Jean-Marie Bigard : la lutte contre le FN. Pas de pot, il tombe à son tour, en janvier 2024. Plus d’une quarantaine de femmes, dont certaines mineures, auraient été victimes de celui que l’entourage de Laurent Ruquier surnommait « Divan le terrible ». Tomber pout abus de position sociale, devant de fragiles dames, c’est ballot. Surtout pour un ami autoproclamé du sexe faible.
• Patrick Bruel, 1991. Devant Anne Sinclair, à l’occasion de 7 sur 7, sur TF1, Patriiiiiick affirme à la jeunesse que le Front national est comme une « sorte de drogue dure ». Belle prise de risque. Il récidive des décennies durant, au péril de sa vie et de sa carrière, en prenant le maquis contre le mouvement lepéniste. Aujourd’hui, et que quoique présumé innocent, le voilà dans la tourmente pour d’innombrables affaires de viols et de harcèlement sexuel. Le gag est que seule Marine Le Pen est venue à sa rescousse, s’indignant que les ligues féministes puissent l’empêcher de travailler en attendant que la justice statue enfin sur son cas.
Qui sera le prochain ? Les autorités scientifiques n’en finissent plus de se perdre en conjectures.
À la place du Menhir, on rigolerait. D’ailleurs, là où il est désormais, qui dit qu’il ne rigole pas ?



