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Jared Taylor, regard croisé sur l’Europe et les États-Unis

Jared Taylor, regard croisé sur l’Europe et les États-Unis

Figure incontournable de la mouvance identitaire américaine, Jared Taylor développe depuis plusieurs décennies une critique radicale du multiculturalisme et de l’idéologie de la diversité. Son passage en France nous a fourni l’occasion de le rencontrer et d’aborder avec lui des sujets aussi brûlants que controversés, dont la présence obsède le débat public, peut-être parce qu’il est interdit d’en faire état. Que l’on soit d’accord avec lui ou non, il importe qu’une telle parole ne soit pas interdite par les nouvelles polices de la pensée qui traquent les « crimepensées » avec un zèle qui fait de l’univers de George Orwell moins une dystopie qu’un reportage sur notre monde.

ÉLÉMENTS : Vous vous définissez vous-même comme un « white advocate », quelle différence faites-vous avec le suprémacisme blanc ?

JARED TAYLOR. C’est la question que posent toujours les journalistes ! Des suprémacistes blancs, il y en avait dans le passé. Ils croyaient que les Blancs devaient régner sur les non-Blancs. Comment ? En établissant des colonies ou l’esclavage, comme durant la période de ségrégation dans le Sud des États-Unis. Dans cette société multiraciale, les Blancs avaient une position formelle de supériorité et pouvaient diriger les autres. Je ne connais personne aujourd’hui qui cherche à rétablir une telle société. La mission civilisatrice de la France à l’époque coloniale était aussi une forme de suprématie blanche. Ce que je recherche, c’est tout sauf ce type de société multiraciale. Je veux que l’on puisse être tranquilles chez nous. Cela n’a rien à voir avec la suprématie blanche. De même, si l’on définit la suprématie blanche comme le fait que les Blancs soient supérieurs aux autres, je ne suis pas d’accord : les Asiatiques ont un QI moyen supérieur au nôtre. Notre groupe est notre famille. Quant à savoir ce que je pense des Blancs ? Eh bien, j’aime mes enfants plus que les enfants de mes amis, car mes enfants sont à moi. Je considère les Blancs comme ma grande famille élargie. La poursuite de notre aventure culturelle est impossible si nous sommes remplacés. Il n’y a rien de suprémaciste là-dedans.

ÉLÉMENTS : Que vous inspire l’anti-américanisme qui existe au sein de la Nouvelle Droite ? Est-il justifié ?

JARED TAYLOR. Oh oui, il y a des critiques tout à fait légitimes : il y a une invasion culturelle des États-Unis en Europe. Les films américains sont souvent détestables, les hamburgers aussi. Mais on critique les États-Unis comme si les sociétés européennes n’étaient pas aussi des sociétés de consommation. La consommation aux États-Unis a pris le dessus sur beaucoup d’autres considérations, le désir de se cultiver, comprendre l’Histoire, s’intéresser à la politique. L’« american dream » est un rêve exclusivement matériel. C’est à la limite honteux. Le rêve est de consommer plus, il n’y a que ça ! Pas de devenir une meilleure personne. En outre, depuis les années 60, les États-Unis ont exporté des idées vénéneuses, entre autres l’idée que la diversité et les sociétés mixtes puissent être une grande force. Mais je crois que les identitaires européens s’intéressent trop peu à leurs homologues américains. Il existe pourtant aux États-Unis un courant identitaire profondément attaché à l’Europe, source de toutes nos valeurs.

ÉLÉMENTS : Est-ce que les identitaires américains sont amoureux de la civilisation européenne et parlent d’autre chose que d’être Blancs ?

JARED TAYLOR. Je crois que la délégation la plus nombreuse au sommet de la remigration au Portugal, le 30 mai dernier, était les Américains, avec trois intervenants. Je fais un effort pour valoriser l’expression « fraternité mondiale des Européens ». Nous sommes des Européens. Les gens qui viennent aux colloques d’American Renaissanceont un grand respect pour les identitaires européens.

ÉLÉMENTS : Est-ce que pour vous il y a une civilisation européenne distincte de la civilisation américaine ?

JARED TAYLOR. Je pense que c’est une erreur de différencier les deux, car il existe en Europe beaucoup de civilisations différentes. Je crois que la différence entre les États-Unis et l’Italie est plus grande qu’entre Italiens et Français, mais peut-être pas tant que cela si l’on compare l’Italie et la Norvège. On peut considérer que les États-Unis sont un rameau de l’Europe qui s’est implantée en outre-mer et que notre pays est le résultat de mélanges de beaucoup d’immigrés européens. Notre personnalité est plus « autosuffisante » (« rugged individualism ») : je veux dire par là que l’on dépend de soi-même. Cela dit, je pense qu’on fait partie de la grande famille européenne. Est-ce que la civilisation russe est moins différente de la civilisation française que la civilisation américaine ? Nous avons beaucoup de points communs avec les anglophones, les Australiens. Peut-être que certains Européens pensent que les Américains n’ont pas le droit de se qualifier d’Européens, mais moi je pense que si.

ÉLÉMENTS : Pourquoi parlez-vous de « race realism » ?

JARED TAYLOR. Depuis des décennies, on essaie de nous convaincre que la race n’a rien de biologique. Mais qui pourrait regarder un autochtone du Groenland et un Subsaharien et considérer que les différences ne sont pas biologiques ? C’est de la folie pure. Cette grille de lecture dogmatique a été utilisé contre les identitaires pour dire que si nous sommes remplacés par des Pakistanais ou des Guatémaltèques, nous ne sommes finalement remplacés que par nous-mêmes ! La race a produit des différences physiques que l’on voit tout de suite, mais aussi de personnalité, d’intelligence, de sensibilité, ainsi que des conceptions de moralité, même si je ne peux pas le prouver. L’intelligence est l’aspect le plus étudié via les tests de QI moyen. Connaissez-vous le test de guimauve ? Vous prenez un enfant et lui donnez une guimauve. Si vous proposez d’en donner une deuxième pour peu que l’enfant attende dix minutes avant de la manger, des différences apparaissent alors : ce sont les Asiatiques qui le réussissent le mieux ce test (c’est le concept de « time preference »), puis les Blancs et les Noirs. Or, il n’y a pas de civilisation s’il n’y a pas de « time preference » qui mesure un sacrifice momentané en vue d’une réussite plus grande à long terme. Il y a aussi l’expérience menée par Thomas J. Bouchard sur des jumeaux adoptés par des parents différents : deux personnes génétiquement identiques mais élevés dans des environnements différents. Eh bien, les tests ont montré qu’ils étaient si semblables qu’on aurait dit une seule et même personne. Comme on parle de QI moyen des races, il y a une personnalité moyenne des races.

ÉLÉMENTS : Pourquoi ne s’approche-t-on pas sans terreur des différences biologiques entre groupes humains ?

JARED TAYLOR. Il y a beaucoup de raisons à cela, à commencer par les deux guerres mondiales. Comment peut-on avoir une première boucherie aussi inutile que colossale et vingt ans après recommencer ? Cela a engendré une hostilité croissante envers le nationalisme et toute conscience des différences. Il y a eu aussi la persécution des Juifs, dont on tira la conclusion que toute conscience des différences portait en germe Auschwitz.

Qu’est-ce qui fonde la singularité de la civilisation occidentale ? On se soumet à la loi. Le respect du vote, de la parole d’autrui, c’est très occidental. Les attitudes envers les femmes sont également révélatrices. La civilisation européenne les a valorisées d’une manière unique. Le respect des femmes est très européen. Le mouvement environnemental est aussi très occidental. Je suis persuadé qu’Angela Merkel a laissé rentrer les Syriens pour montrer de la compassion et de la gentillesse. Il y a même un sentiment de supériorité chez les gens de droite : ils disent être vertueux. Je ne suis pas entièrement persuadé que le christianisme soit si responsable de cet état d’esprit, car mes ancêtres confédérés, tout bons chrétiens qu’ils étaient, avaient parfaitement conscience des différences raciales.

ÉLÉMENTS : Avez-vous grandi dans un contexte sudiste ?

JARED TAYLOR. Mes parents étaient très fiers d’être sudistes. Ma mère était une femme de gauche, mais le général Lee était pour elle l’être humain le plus proche de Dieu qui ait existé. Ce n’était pas si bizarre à l’époque. Quand elle était gamine, tout le monde était fier d’être sudiste. C’est une mentalité qui n’existe plus. Mon père était sudiste, mais pas tant que cela. Il est même devenu de plus en plus à gauche avec l’âge. Mes deux parents étaient gauchistes, votaient démocrate, ma mère était féministe. Mais tout le monde était sudiste. Leurs ancêtres s’étaient battus pour leur pays natal, c’étaient des héros. Ma photo de profil sur WhatsApp, c’est le général confédéré Nathan Bedford Forrest, un génie sudiste supérieur à tous. Il ne fut jamais commandant, mais ses exploits étaient si remarquables qu’Erwin Rommel a fait une étude sur lui. Il n’a été formé dans aucune école militaire, mais son instinct était sûr et ses capacités de leadership extraordinaires. C’était un cavalier. Sa statue équestre, située dans un parc à Memphis dans le Tennessee, a été détruite. La ville a vendu le parc à un groupe de Noirs pour la somme dérisoire de 3 000 dollars et ils ont détruit la statue et exhumé ses restes. La famille a protesté sans succès.

ÉLÉMENTS : Où en est la pensée identitaire américaine ?

JARED TAYLOR. Il n’est pas garanti qu’il y ait assez d’identitaires, mais leur nombre croît à une vitesse vertigineuse. Il y a une grande prise de conscience chez les jeunes que nous sommes sur la mauvaise route. C’est ma génération à moi qui nie ces évidences : l’avenir, ce sont les jeunes et quelques vieux comme moi. Nous avons tiré du passé des leçons sur les questions raciales ; nous sommes en train de les réapprendre. Il y a des milliers d’Américains qui comprennent cela. C’est une force qu’on ne pourra étouffer.

ÉLÉMENTS : Est-ce que les identitaires américains peuvent oublier leur lien à l’Europe ?

JARED TAYLOR. Non, pour nous, c’est la même lutte. Notre avenir est lié étroitement au vôtre. Nous sommes le même peuple avec toutes sortes de variations. Il y a une tendance chez les identitaires européens à croire que l’Europe de l’Est est le paradis, alors que là-bas aussi c’est une course contre la montre. Regardez la Pologne avec les Indiens. Les identitaires aux États-Unis s’intéressent énormément à l’Europe, sauf les marginaux comme le KKK qui ne sont nullement intellectuels et n’exercent aucune influence aujourd’hui. On est blancs et européens.

Prenez l’exemple des « renaissance fairs » [littéralement des « fêtes de la Renaissance », foires et fêtes médiévales], elles sont très populaires aux États-Unis. Ce sont des rassemblements de Blancs, ma fille y va, on y mange de la nourriture médiévale, il y a des concours d’arts martiaux médiévaux, il y a des spectacles, des jongleurs, on tire à l’arc, surtout dans la côte Est. C’est un peu l’équivalent des rodéos au centre des États-Unis.

ÉLÉMENTS : Quel est votre regard sur le mouvement MAGA ?

JARED TAYLOR. En 2016, il y avait un grand meeting de Trump en Virginie. Je voulais y assister, mais il restait peu de places, avec une longue queue. Ne pouvant y rentrer, j’ai interrogé les gens qui faisaient la queue. Aucune réponse identitaire. Tout le monde parlait de réindustrialisation, de faire revenir les emplois délocalisés, de fortifier l’armée, peut-être un peu de contrôler l’immigration, mais ce n’était de toute évidence pas l’essentiel. Je demandais si les États-Unis ne devaient pas rester majoritairement blancs et les réponses étaient négatives. Pourtant, ces gens-là n’avaient rien à cacher. Le mouvement MAGA reste toujours « conservateur » et « républicain ». Ce sont seulement les jeunes qui sont identitaires. Ma femme, militante du Parti républicain dans le Maryland, m’amène parfois dans des réunions. Personne ne semble me connaître, sauf chez des jeunes. Un petit groupe républicain m’a invité à faire un discours dans une université du Maryland. Furieux, le Parti républicain du Maryland a trouvé cela abominable. Ses membres ont essayé de punir l’organisation. Cela dit quelque chose de l’avenir du parti. Le Parti républicain du Maryland était terrifié à l’idée de perdre son seul représentant au Congrès alors que les Blancs sont minoritaires au Maryland à cause des Afro-américains de Baltimore et des banlieues de Washington DC.

© Photo : Trystan Mordrel – Jared Taylor lors de son intervention à Angers.

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