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De quoi « l’islamo-droitisme » est-il le nom ?

De quoi « l’islamo-droitisme » est-il le nom ?

Dernièrement, l’ancien ministre Jean-François Copé a jugé l’interdiction du voile islamique dans l’espace public comme une mesure irréaliste, estimant qu’il est « trop tard ». Certains ont alors parlé « d’islamo-droitisme ». Mais que cache cette notion ?

La polémique a fait suite à une demande de la députée Rassemblement national et désormais conseillère municipale d’opposition, Béatrice Roullaud, qui avait envoyé un mail à Jean-François Copé lui demandant de « prendre un arrêté municipal interdisant le port du voile en conseil municipal ». Cela fait plusieurs années que certaines personnalités de droite sont pointées du doigt comme complaisantes avec les franges islamistes pour des raisons électoralistes. Ainsi lors des dernières municipales, à Nice, Christian Estrosi a subi de nombreuses attaques sur le sujet. Mais cette notion, qui s’entend symétrique à l’islamo-gauchisme, est à interroger. « L’islamo-droitisme » n’est-il qu’une simple manœuvre électoraliste ou une véritable ligne idéologique ?

C’est pour cela que certains préfèrent parler d’« islamo-laxisme », qui prend la forme d’un discours complaisant avec les dérives de la pratique de l’islam en France, de liens avec des associations ou personnalités « sulfureuses », et/ou d’une distribution de subventions avec une certaine complaisance. Or, ce terme peut alors être autant l’apanage de droite que de la gauche, car il est vrai que des deux côtés de l’échiquier politique on retrouve des personnalités politiques, haut-fonctionnaires, préfets, juges, journalistes, ou intellectuels, qui ont promu ces phénomènes. La réponse est peut-être à trouver chez le politiste Frédéric Saint-Clair, qui parle quant à lui d’« islamo-libéralisme ». Derrière les personnes qui sont prêtes à « sacrifier la laïcité, la République voire la civilisation française pour conserver leur fauteuil », l’ancien conseiller du Premier ministre Dominique de Villepin expliquent qu’il y a des racines intellectuelles et socio-historiques qu’il ne faut pas sous-estimer.

La bascule libérale et immigrationniste

Tout débute à la sortie Seconde guerre mondiale. À l’époque, la position gaulliste est sans ambiguïté avec ses fameuses déclarations (« il faut éviter que Colombey-les-Deux-Églises ne devienne Colombey-les-Deux-Mosquées » ou « le vinaigre et l’huile »), tout comme à gauche, avec un Maurice Thorez hostile à l’immigration.

 Mais c’est sous Pompidou qu’on ouvre la voie à une immigration de travail massive afin de satisfaire les intérêts capitalistes. Symbole de la soumission des dirigeants politiques aux intérêts des dirigeants économiques : Francis Bouygues, magnat du bâtiment, qui se targue d’embaucher 80 % de travailleurs étrangers dans son entreprise (il plaide aussi pour que l’on fasse venir leurs familles pour les fixer en France). Cette masse ouvrière extra-européenne sert à deux choses : faire pression à la baisse des salaires et faire échec aux syndicats « rouges » de la CGT (les travailleurs étrangers étant inscrits dans des syndicats « jaunes »).

Tout s’accélère pendant les années 70, à l’époque de l’alliance du patronat et des libéraux, sous l’ère Giscard d’Estaing, qui succède au gaullisme et en ruine les fondements. A gauche, on tient encore la ligne. Dans une lettre au recteur de la Grande Mosquée de Paris, George Marchais écrit : « M. Giscard d’Estaing et les patrons refusent les immigrés dans de nombreuses communes ou les en rejettent pour les concentrer dans certaines villes, et surtout dans les villes dirigées par des communistes. Ainsi se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. »

Avec la sortie progressive des Trente Glorieuses et le ralentissement de l’économie, on aurait pu s’attendre à un durcissement du contrôle de l’immigration. Et en effet, lors des années 30 et de la crise économique, le Front populaire avait expulsé des centaines de milliers d’étrangers – notamment des Polonais et des Italiens. Au contraire, Giscard met en place le regroupement familial (en 1976), qu’il justifiera par la suite en expliquant avoir cédé à une demande de Simone Veil, alors ministre et symbole de la déportation des juifs durant la guerre. Avec des régularisations massives, François Mitterrand n’a plus qu’à amplifier un mouvement migratoire déjà bien initié par la droite libérale. Pour faire passer la pilule, SOS Racisme installe une véritable chape de plomb sur le sujet – toute critique étant renvoyée à la figure du Satan de la République qu’est Jean-Marie Le Pen.

L’ère des gestionnaires

À partir de Jacques Chirac, la droite politique n’est plus qu’un gestionnaire passif du phénomène migratoire. Pourtant ce même Jacques Chirac déclarait, lit-on dans le Nouvel Obs du 20 décembre 1990, que « plus on aura d’immigration, plus on aura d’insécurité. Ce n’est pas une question ethnique mais notre immigration est une immigration bas de gamme. On va vers de graves conflits raciaux qui seront la conséquence du refus des Français d’être envahis par d’autres cultures. Toute race a l’instinct de se préserver. »

Durant ses 12 ans de mandat – dont la réélection en 2002 avait été saluée, place de la République, par des drapeaux marocains et algériens -, Chirac accentue les politiques migratoires et d’ouverture au monde musulman. Dans Le Figaro du 29 octobre 2003, on apprend qu’il aurait dit à Philippe de Villiers que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Cette phrase s’inscrit alors dans la continuité de son éloge du « métissage », dressé en décembre 2002 à l’occasion du transfert des cendres de Dumas au Panthéon.

Le Nicolas Sarkozy du « karcher » a-t-il changé quelque chose ? Absolument pas. Pire, pendant son mandat, le nombre d’immigrés qui s’installent en France explose. Philippe de Villiers (encore lui !) affirme que Sarkozy, dès 2003, donc bien avant de devenir président, lui aurait confié vouloir créer le « Conseil français du culte musulman » dans le but de faire de « l’islam une religion officielle pour leur confier le contrôle social de nos banlieues ». Une fois élu président, en décembre 2008, il osé, sans rougir, parler des dangers de la consanguinité pour justifier son discours sur le « métissage » à marche forcée de la France et du reste de l’Europe. Et quand Sarkozy revient sur le sujet avec le Vendéen, il lui dit : « Toi tu as les intuitions, moi j’ai les chiffres. Et tes intuitions sont confirmées par mes chiffres. L’islamisation de l’Europe est inéluctable. »

Avec Emmanuel Macron, nous avons l’aboutissement du « gestionnaire de droite » et de l’islamo-libéralisme. Comme l’explique très bien Frédéric Saint-Clair : « Le libéralisme demeure en effet le principal dogme favorisant la libre circulation des individus, et donc l’immigration (notamment pour raisons économiques, mais pas uniquement), ainsi que l’extension ad infinitum des droits individuels, notamment celui accordé aux étrangers d’exprimer librement l’ensemble de leur culture au sein du pays d’accueil tant qu’elle ne « trouble pas l’ordre public », ce qui est le principal vecteur de l’islamisation de la France : multiplication des voiles, du halal, des mosquées, des mœurs islamiques en tous genres ».

Si l’islamo-gauchisme est une menace pour notre pays, il ne faut pas sous-estimer, non pas l’islamo-droitisme, mais bien l’islamo-libéralisme. Cela devrait pousser la droite à faire son propre aggiornamento sur la question libérale, une fois de plus.

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