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Trois humanitaires de SOS Donbass en prison

Trois humanitaires de SOS Donbass en prison

Depuis le 21 novembre 2025, trois militants de l’association humanitaire SOS Donbass – Anna Novikova, Vincent Perfetti et Vyacheslav P. – croupissent dans les prisons françaises et sont dans le viseur de la justice française, accusés d’espionnage au profit de la Russie et d’« association de malfaiteurs ». Les charges, pour le moins brumeuses, reposeraient sur quelques affiches collées et des soupçons d’activisme prorusse. Pour Christian Rol, qui figure lui-même dans la procédure, l’affaire relève moins du renseignement que de l’intimidation politique. Une mécanique de dissuasion où l’exemple vaut condamnation.

Les vagues charges émises par on ne sait qui sont les suivantes : ces trois membres de l’association humanitaire SOS Donbass seraient des espions au service de la Russie et, tant qu’on y est, la belle Anna aurait approché des chefs entreprises pour, n’en doutons pas, les séduire et obtenir d’eux des informations capitales pour la souveraineté économique de la France. Une « association de malfaiteurs » planerait également ainsi que de timides allégations faisant état de « dégradation de bien public » (pour trois affiches collées !)

Je ne vais pas perdre mon temps à déminer ici ces fables, ni à faire la démonstration que l’économie française se passe très bien d’espions russes pour se suicider, et m’en tenir à deux ou trois considérations.

Pour être moi-même cité dans cette instruction grotesque, et par ailleurs russophile au point de me rendre dès que je le peux à Moscou et ailleurs, je me dois de préciser que notre « activisme » en faveur de la Russie se limite à quelques voyages, des articles, des livres parfois ou des conférences sur place.

À part un billet d’avion à l’œil (pas toujours) et une chambre d’hôtel, nous ne bénéficions d’aucune prébende ou « récompense » pour service rendu. Même moi, pourtant si vénal, je n’ai jamais été foutu de trouver le filon pour vendre au FSB un statut d’agent d’influence prompt à m’enrichir comme ces filles à gros nichons coincées à Dubaï. Et cela est également vrai pour des vedettes comme Jacques Baud ou Xavier Moreau, désormais tricards au sein de l’UE, coupables d’avoir mis leurs talents au service de la vérité.

Le délit d’aimer la Russie

Dans le cas de mes trois amis, le cynisme du régime est encore plus dégueulasse, car leur activisme a consisté uniquement à coller des affiches et, surtout, à acheminer des produits de première nécessité depuis la France jusqu’à Donetsk dans des conditions éminemment difficiles et dangereuses. Et ceci sur le maigre budget de SOS Donbass alimenté par les donateurs. En échange de quoi ? Rien !

L’idéalisme, l’amour de la Russie, la quête de vérité et, surtout, la conviction fondée que la Russie est bel et bien l’enjeu du Grand Échiquier mondialiste théorisé par Brzezinski, président à nos gesticulations. En tout cas, en ce qui me concerne.

Les autorités russes, quant à elles, envisagent nos allers et retours avec sympathie, mais sans prendre au sérieux outre-mesure notre « dissidence », puisque celle-ci, à l’exception d’un Jacques Baud et une poignée d’autres, ne porte pas à conséquence. Par ailleurs, ces mêmes autorités ne se soucient guère d’influer sur les opinions publiques de pays comme la France qu’elles jugent anecdotiques et sans poids sur les lubies des autocrates de Bruxelles.

Enfin, à quoi riment ces accusations et ces incarcérations si elles sont sans fondement ? C’est là l’énigme à laquelle je ne parviens pas à trouver une réponse rationnelle. La seule qui revient souvent parmi notre nébuleuse est la théorie selon laquelle les flics de la pensée obligatoire entendent tétaniser les pro-Russes, les décourager d’entreprendre des initiatives, de faire de la retape pour la vérité et de voyager en Russie. Je dois admettre que cette hypothèse – la seule crédible – fonctionne au-delà de tous leurs espoirs puisque, depuis l’embastillement de nos amis et la nouvelle selon laquelle je serais moi aussi épinglé dans le dossier à charge, je n’ose plus bouger une oreille. Au point de ne plus me rendre en Russie à moins d’être arrêté à mon tour… Au nom de la déraison d’État probablement.

© Photo : SOS Dombass. Anna Novikova, Vincent Perfetti collant à Paris pour SOS Donbass.

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